Table des matières
Les impayés de charges en copropriété touchent toutes les copropriétés — même les mieux gérées. La question n’est pas si ça va arriver, c’est quand. Et surtout : qu’est-ce qu’on fait ?
La bonne nouvelle : il existe une procédure claire, étape par étape, avec des outils juridiques puissants. Le syndicat des copropriétaires n’est pas démuni face aux impayés — loin de là.
La mauvaise nouvelle : beaucoup de syndics bénévoles attendent trop longtemps, ne formalisent pas les relances, ou ignorent les délais légaux. Résultat : la créance se prescrit, le débiteur disparaît, ou la procédure est annulée pour vice de forme.
Dans ce guide complet, on vous explique chaque étape des impayés de charges en copropriété — de la première relance amiable jusqu’aux mesures d’exécution forcée — avec les textes de loi, les délais exacts et les erreurs à éviter. Sans jargon. Avec des exemples concrets.
IMPAYES DE CHARGES – SHEMA SIMPLE
Cliquez sur chaque étape pour le détail juridique. Survolez les termes soulignés pour les définitions.
Impayé constaté Point de départ
Un copropriétaire n’a pas réglé sa provision à la date d’exigibilité
Délai de prescription : 5 ans à compter de la date d’exigibilité. Au-delà, la créance est éteinte et irrécupérable.
Qui agit ? Le syndic bénévole — c’est une obligation légale de gestion.
Art. 2224 Code civil — prescription 5 ans
Étape 1 — Relance amiable Amiable
Téléphone, email ou courrier simple — proposer un échéancier
Comment ? Appel téléphonique d’abord, puis email ou courrier. Si le copropriétaire est de bonne foi, proposez un échéancier de paiement.
Durée : 15 à 30 jours maximum avant de passer à l’étape suivante.
Important : Documentez chaque échange — date, contenu, réponse. Utile en cas de procédure ultérieure.
Étape 2 — Mise en demeure Pré-judiciaire
LRAR obligatoire — délai 30 jours — frais à la charge du débiteur
Contenu : Détail des sommes dues, nature des provisions, délai de 30 jours.
Effet après 30 jours : La déchéance du terme s’applique — toutes les provisions non échues deviennent immédiatement exigibles.
Frais : À la charge exclusive du débiteur, pas du syndicat.
Art. 19-2 loi 1965 (déchéance du terme) — art. 10-1 loi 1965 (frais débiteur)
Étape 3a
Conciliation obligatoire Obligatoire
Avant tout recours judiciaire
Options :
— Conciliateur de justice (gratuit)
— Médiateur (payant)
— Procédure participative avec avocat
Art. 750-1 Code de procédure civile
Étape 3b
Procédure judiciaire Judiciaire
Art. 19-2 — Tribunal Judiciaire
Conditions : Budget voté en AG + défaillance constatée après LRAR.
Délai : 1 à 3 mois.
Alternative : Injonction de payer — plus rapide pour les créances incontestables.
Art. 19-2 loi 1965 — art. 1405 à 1425 NCPC
Étape 4 — Mesures d’exécution Exécution forcée
Saisie, super-privilège, opposition lors de la vente du lot
Super-privilège du syndicat : Le syndicat prime sur presque tous les créanciers pour les charges de l’exercice en cours et des deux exercices précédents.
Opposition lors de la vente : Les sommes dues sont prélevées sur le prix de vente avant paiement au vendeur.
Art. 2374 Code civil (super-privilège) — art. 20 loi 1965 (opposition vente)
⚠ Alerte — Mandataire ad hoc Obligation légale
Art. 29-1A — Saisine obligatoire du tribunal dans le mois suivant la clôture
— 25% des sommes exigibles → toutes les copropriétés
— 15% des sommes exigibles → copropriétés de plus de 200 lots
Attention : Les sommes exigibles le mois précédant la clôture ne comptent pas comme impayées pour ce calcul.
Obligation du syndic : Informer le conseil syndical ET saisir le tribunal dans le mois suivant la clôture. Le non-respect engage la responsabilité civile personnelle du syndic.
Mandataire ad hoc : Premier niveau d’intervention judiciaire — analyse et plan de redressement.
Art. 29-1A loi 1965 — art. 61-2 décret 17 mars 1967
Cliquez sur chaque étape pour afficher ou masquer le détail juridique
Dans ZEYRIX, les appels de fonds, relances et LRE sont centralisés dans le tableau de bord financier afin d’identifier immédiatement les copropriétaires débiteurs.
Avant d’agir : comprendre la dette
Avant de sortir le recommandé, prenez 5 minutes pour comprendre exactement ce que vous réclamez. Une procédure mal engagée sur une dette mal qualifiée peut être annulée par le juge.
Charges courantes vs charges exceptionnelles
Toutes les charges ne se traitent pas de la même façon.
Les charges courantes sont les provisions trimestrielles sur le budget prévisionnel voté en AG — entretien, assurance, électricité des parties communes. Elles sont exigibles le 1er jour de chaque trimestre, automatiquement.
Les charges exceptionnelles sont les appels de fonds pour des travaux votés en AG ou les cotisations au fonds de travaux. Elles sont exigibles selon le calendrier voté.
Dans les deux cas, la procédure est la même — mais le montant réclamé doit correspondre exactement aux résolutions votées en AG. Si ce n’est pas le cas, le juge peut rejeter la demande.
À partir de quand parle-t-on d’impayé ?
Dès que la date d’exigibilité est dépassée et que le paiement n’est pas arrivé. Pas besoin d’attendre un mois, deux mois, ou une mise en demeure préalable. Le premier jour de retard, c’est un impayé.
En pratique, on attend 15 jours avant de contacter le copropriétaire — pour laisser la place à une erreur de virement ou un oubli. Mais juridiquement, le délai court dès le premier jour de retard.
Le délai de prescription : 5 ans pour agir
Vous avez 5 ans pour réclamer des charges impayées en copropriété — c’est le délai de prescriptioniDélai légal au-delà duquel une créance ne peut plus être réclamée en justice. Passé ce délai, la dette est éteinte — même si elle est réelle. Le débiteur peut opposer la prescription au juge, qui rejettera la demande. légal fixé par l’article 2224 du Code civil. Ce délai court à compter de la date d’exigibilitéiDate à laquelle le paiement était dû — le 1er jour du trimestre pour les provisions courantes. C’est à partir de cette date que le délai de 5 ans commence à courir, pas à partir du jour où vous constatez l’impayé. de chaque provision — pas du jour où vous constatez l’impayé.
⚠ Exemple concret : si un copropriétaire n’a pas payé la provision du 1er janvier 2021, vous avez jusqu’au 1er janvier 2026 pour agir en justice. Passé ce délai, c’est perdu — même si la dette est réelle et documentée.
Étape 1 : La relance amiable
La relance amiable c'est l'étape que tout le monde veut brûler pour aller direct au recommandé. C'est une erreur. Un copropriétaire qui ne paie pas n'est pas forcément de mauvaise foi — un virement oublié, un changement de RIB, une situation personnelle difficile. Le contact humain résout souvent le problème en 48 heures, sans frais, sans tension.
Et même si ça ne marche pas, cette étape vous protège. Un juge regarde toujours si le syndicat a fait preuve de bonne foi avant de saisir la justice.
Le premier contact : téléphone ou email
Appelez d'abord. Un simple appel : "Bonjour, nous n'avons pas reçu votre provision du 1er trimestre, est-ce qu'il y a un problème ?" Dans la moitié des cas, c'est réglé dans la semaine.
Si pas de réponse au téléphone, envoyez un email ou un courrier simple — pas de recommandé à ce stade. Gardez une trace écrite de chaque tentative de contact.
Documentez tout : date de l'appel, résumé de la conversation, réponse obtenue. Ces éléments seront précieux si vous devez aller en justice.
La relance écrite simple
Si le premier contact ne donne rien, envoyez un courrier simple ou un email avec le détail des sommes dues. Pas de mise en demeure, pas de menace — juste un rappel factuel et courtois.
Modèle simple : "Nous vous rappelons que la provision de [montant] € appelée le [date] n'a pas été réglée à ce jour. Nous vous remercions de régulariser cette situation dans les meilleurs délais ou de prendre contact avec nous pour convenir d'un arrangement."
Proposer un échéancier
Si le copropriétaire répond et invoque des difficultés financières, vous pouvez proposer un échéancier de paiement. Ce n'est pas une obligation légale — c'est une décision de gestion.
Un bon échéancier : durée raisonnable (3 à 6 mois maximum), versements réguliers, confirmation écrite signée des deux parties. Si le copropriétaire ne respecte pas l'échéancier, vous passez directement à la mise en demeure sans recommencer depuis zéro.
Étape 2 : La mise en demeure
La mise en demeure c'est le vrai déclencheur juridique. Avant ça, vous avez essayé. Maintenant vous formalisez. C'est un acte qui a des conséquences légales précises — et qui ouvre la voie à la procédure judiciaire si le copropriétaire ne réagit pas.
Forme et contenu obligatoires
La mise en demeure doit être envoyée par LRAR ou LRE. Pas d'email simple, pas de courrier ordinaire — sinon elle n'a aucune valeur juridique.
Elle doit mentionner obligatoirement : le détail précis des sommes dues provision par provision, la nature de chaque appel de fonds, et un délai de 30 jours pour régulariser.
La date de première présentation de la LRAR au domicile du copropriétaire fait foi — c'est à partir de cette date que le délai de 30 jours commence à courir, même si le copropriétaire ne la retire pas.
Si le copropriétaire ne règle pas dans les 30 jours suivant la mise en demeure, la déchéance du termeiMécanisme légal (art. 19-2 loi 1965) qui rend immédiatement exigibles toutes les provisions non encore échues de l'exercice en cours. Concrètement : si le copropriétaire doit 4 trimestres et n'en a payé qu'un, les 3 trimestres restants deviennent tous dus immédiatement — même ceux qui ne sont pas encore arrivés à échéance. s'applique automatiquement. Vous pouvez alors réclamer en justice non seulement les sommes déjà dues, mais aussi toutes les provisions futures de l'exercice en cours.
Les frais engagés pour le recouvrement — mise en demeure, relances, frais d'huissier — sont à la charge exclusive du débiteuriLa personne qui doit de l'argent — ici le copropriétaire qui n'a pas réglé ses charges. Le débiteur est distingué du créancier qui, lui, réclame le paiement (ici le syndicat des copropriétaires)., pas du syndicat. Les autres copropriétaires n'ont pas à supporter ces coûts. C'est l'article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965.
Étape 3 : La procédure judiciaire
30 jours passés, pas de réponse, pas de paiement. La déchéance du terme est acquise. On passe au judiciaire. Pas de panique — c'est une procédure rodée, et le syndicat des copropriétaires a des outils puissants.
Obligatoire : la tentative de conciliation avant le juge (moins de 5 000 €)
Si la créance est inférieure ou égale à 5 000 €, vous ne pouvez pas saisir directement le juge. Une tentative de résolution amiable est obligatoire — soit via un conciliateur de justice (gratuit), soit via un médiateur (payant), soit via une procédure participative avec avocat. Sans cette étape préalable, le juge rejettera votre demande.
Au-delà de 5 000 €, vous pouvez aller directement en justice.
L'injonction de payer : rapide et peu coûteuse
Pour les créances incontestables — c'est-à-dire quand le copropriétaire ne conteste pas devoir l'argent — l'injonction de payer est la procédure la plus rapide. Vous déposez une requête au greffe du tribunal, sans audience. Le juge examine le dossier et rend une ordonnance. Délai habituel : 1 à 2 mois.
La procédure accélérée au fond iProcédure prévue par l'article 19-2 de la loi du 10 juillet 1965. Le président du Tribunal Judiciaire condamne le copropriétaire défaillant rapidement, sans audience contradictoire longue. Conditions : budget voté en AG + défaillance constatée après LRAR infructueuse pendant 30 jours. de l'article 19-2 est la voie royale pour les créances supérieures à 5 000 €. Le président du Tribunal Judiciaire examine le dossier et condamne le copropriétaire défaillant — généralement en 1 à 3 mois. Pas besoin d'une longue procédure contradictoire.
Le juge peut également condamner le copropriétaire aux dépens et aux frais de recouvrement. Depuis l'arrêt de la Cour de cassation du 15 janvier 2026, la mise en demeure doit indiquer avec précision la nature et le montant des provisions réclamées — sans ça, la procédure peut être rejetée. Soignez votre mise en demeure.
L'assignation au fond : pour les cas complexes
Quand la créance est contestée — le copropriétaire prétend ne pas devoir l'argent, conteste le montant, ou invoque une irrégularité de l'AG — l'injonction de payer ne suffit pas. Il faut une assignation au fond devant le Tribunal Judiciaire.
C'est plus long (6 à 18 mois), plus coûteux, et nécessite généralement un avocat. Mais c'est la seule voie quand le litige est réel. Le juge examine les arguments des deux parties et tranche.
En pratique, les cas complexes sont rares en copropriété — la plupart des impayés de charges sont incontestables. Si le budget a été voté en AG et que l'appel de fonds est conforme, le copropriétaire a très peu de moyens de contester.
Dis-moi quand c'est collé, on passe à H2 — Étape 4 : Les mesures d'exécution avec les tooltips super-privilège et commissaire de justice.
Étape 4 : Les mesures d'exécution
Vous avez un jugement. Le copropriétaire ne paie toujours pas. Maintenant on sort les vrais outils.
La saisie sur salaire ou compte bancaire
Après jugement exécutoire, le commissaire de justice peut saisir directement le salaire ou le compte bancaire du débiteur. Pas besoin de l'accord du copropriétaire — c'est une mesure forcée. L'employeur ou la banque est obligé de verser les sommes directement au syndicat.
Le super-privilège du syndicat
Le syndicat des copropriétaires bénéficie d'un super-privilègeiDroit de priorité légal accordé au syndicat par l'article 2374 du Code civil. Le syndicat est remboursé EN PREMIER sur le prix de vente du lot, avant presque tous les autres créanciers — y compris la banque pour les charges de l'exercice en cours et des deux derniers exercices approuvés. sur le prix de vente du lot. Concrètement : si le copropriétaire vend son appartement, le notaire prélève automatiquement les sommes dues sur le prix avant de payer le vendeur. Le syndicat est remboursé en priorité — avant la banque, avant les autres créanciers.
Ce super-privilège couvre les charges de l'exercice en cours et des deux exercices précédents dont les comptes ont été approuvés en AG. C'est pourquoi il est essentiel de voter l'approbation des comptes chaque année — sans ça, le super-privilège ne s'applique pas sur les exercices concernés.
En pratique, le syndic envoie une oppositioniActe par lequel le syndic notifie au notaire chargé de la vente l'existence de charges impayées. Le notaire est alors obligé de bloquer les sommes correspondantes sur le prix de vente et de les verser au syndicat avant de payer le vendeur. au notaire chargé de la vente. Le notaire est obligé d'en tenir compte — il ne peut pas payer le vendeur sans avoir réglé les charges dues au syndicat.
Cas particuliers
Trois situations sortent du schéma classique et méritent une attention spécifique.
Copropriétaire en surendettement
Si le copropriétaire a déposé un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, toutes les procédures de recouvrement sont automatiquement suspendues — c'est ce qu'on appelle la suspension des poursuites. Vous ne pouvez plus lancer de saisie, ni même envoyer une mise en demeure pendant la durée d'instruction du dossier.
Ce n'est pas une impasse. Le syndicat doit déclarer sa créance auprès de la commission de surendettement dans les délais imposés — généralement 30 jours après notification. Si vous ratez ce délai, la créance peut être éteinte dans le plan de redressement. Déclarez systématiquement, même si vous doutez du montant exact.
Lot vacant ou succession non réglée
Un lot dont le propriétaire est décédé et dont la succession n'est pas réglée pose un problème pratique : à qui envoyer la mise en demeure ? Aux héritiers — même s'ils n'ont pas encore accepté la succession. Si les héritiers sont inconnus ou introuvables, le syndic peut saisir le juge pour faire désigner un administrateur chargé de gérer le lot.
Pendant cette période, les charges continuent à courir. Documentez tout et ne laissez pas la situation traîner — plus la succession est longue, plus les impayés s'accumulent et plus le recouvrement devient complexe.
Les 3 erreurs les plus courantes du syndic bénévole face aux impayés
Après 25 ans de terrain, j'ai vu les mêmes erreurs se répéter. Voici celles qui coûtent le plus cher.
Erreur n°1 : attendre trop longtemps avant d'agir
La bienveillance est une qualité. La passivité est un risque juridique. Beaucoup de syndics bénévoles laissent traîner les impayés par gêne, par peur du conflit, ou parce qu'ils espèrent que ça va se régler tout seul. Résultat : la créance grossit, le copropriétaire s'habitue à ne pas payer, et quand on agit enfin, la procédure est plus longue et plus coûteuse. Agissez dès le premier trimestre impayé — pas au bout du troisième.
Erreur n°2 : envoyer la mise en demeure par email
Un email n'a aucune valeur juridique comme mise en demeure. Sans LRAR ou LRE, la déchéance du termeiMécanisme légal qui rend immédiatement exigibles toutes les provisions futures de l'exercice en cours dès que la mise en demeure est restée infructueuse 30 jours. Sans LRAR ou LRE valide, ce mécanisme ne peut pas être déclenché — et le juge rejettera votre demande. ne s'applique pas, et le juge peut rejeter votre demande. Cette erreur est courante et fatale — elle oblige à tout recommencer depuis zéro. Investissez dans une LRE — c'est quelques euros et ça vaut tous les emails du monde.
Erreur n°3 : ne pas approuver les comptes en AG
Sans approbation des comptes en AG, le super-privilège du syndicat ne s'applique pas sur les exercices concernés. Si le copropriétaire vend son lot, le notaire ne pourra pas retenir les sommes dues sur les exercices non approuvés. Votez l'approbation des comptes chaque année — c'est une obligation légale et une protection financière.
Quand ça devient une crise : le signal d'alarme des 25%
Un impayé isolé c'est un problème de gestion. Des impayés qui s'accumulent jusqu'à représenter 25% des sommes exigibles, c'est une crise financière. Et à ce stade, le syndic n'a plus le choix — la loi lui impose d'agir.
Dès que les impayés atteignent 25% des sommes exigibles à la clôture des comptes — ou 15% pour les copropriétés de plus de 200 lots — le syndic a une obligation légale : informer le conseil syndical et saisir le tribunal judiciaire pour désigner un mandataire ad hociProfessionnel désigné par le président du tribunal judiciaire pour analyser la situation financière de la copropriété et proposer un plan de redressement. Il ne remplace pas le syndic mais l'assiste. Sa rémunération est fixée par ordonnance du tribunal. C'est le premier niveau d'intervention judiciaire avant l'administrateur provisoire.. C'est l'article 29-1A de la loi du 10 juillet 1965.
Le syndic dispose d'un mois à compter de la clôture des comptes pour agir. Passé ce délai sans action, n'importe quel copropriétaire représentant 15% des voix peut saisir directement le tribunal. Et le syndic qui n'a pas agi engage sa responsabilité civile personnelleiLe syndic peut être tenu personnellement responsable du préjudice subi par les copropriétaires en raison de sa faute. Concrètement : si la copropriété subit un préjudice financier parce que le syndic n'a pas saisi le tribunal à temps, il peut être condamné à le réparer sur ses propres deniers..
⚠ Point souvent ignoré : les sommes devenues exigibles le mois précédant la clôture des comptes ne sont pas comptées comme impayées pour calculer ce seuil. Vérifiez le calcul exact avant de déclencher la procédure.
Pour aller plus loin sur ce sujet — procédure d'alerte, créances douteuses, administrateur provisoire — lisez notre guide dédié : Copropriété en difficulté : quand les impayés dépassent 25% →
- → Agissez dès le premier trimestre impayé — pas au bout du troisième. La passivité est un risque juridique.
- → La mise en demeure doit être envoyée par LRAR ou LRE — pas par email. Sans ça, la déchéance du terme ne s'applique pas.
- → Après 30 jours sans réponse, toutes les provisions non encore échues de l'exercice deviennent immédiatement exigibles (art. 19-2 loi 1965).
- → Pour les créances inférieures à 5 000 €, une tentative de conciliation est obligatoire avant de saisir le juge.
- → Le syndicat dispose d'un super-privilège — il est remboursé en priorité sur le prix de vente du lot, avant presque tous les autres créanciers.
- → Impayés à 25% des sommes exigibles (15% pour les copropriétés de plus de 200 lots) — le syndic doit saisir le tribunal dans le mois.
- → Délai de prescription : 5 ans à compter de la date d'exigibilité. Passé ce délai, la créance est éteinte.
Conclusion
Les impayés de charges en copropriété ne se règlent pas en espérant que ça passe. Ils se règlent avec méthode, dans l'ordre, et sans attendre.
La bonne nouvelle : la loi est de votre côté. Le syndicat des copropriétaires dispose d'outils juridiques puissants — déchéance du terme, procédure accélérée, super-privilège, opposition lors de la vente. Des outils que les autres créanciers n'ont pas.
La mauvaise nouvelle : ces outils ne fonctionnent que si vous respectez les formes et les délais. Un email à la place d'une LRAR, une mise en demeure mal rédigée, un délai de prescription laissé expirer — et vous repartez de zéro.
En tant que syndic bénévole, vous n'avez pas à devenir juriste. Vous avez à connaître les étapes, à agir au bon moment, et à documenter chaque échange. Le reste — procédure judiciaire, saisie, opposition — c'est le rôle du commissaire de justice et de l'avocat si nécessaire.
Et si les impayés dépassent 25% de vos sommes exigibles, n'attendez plus — saisissez le tribunal. Ce n'est pas un aveu d'échec. C'est une obligation légale et une décision de gestion responsable.
- → Loi n°65-557 du 10 juillet 1965 — art. 10-1, 19-2, 20, 29-1A (Légifrance)
- → Art. 2224 Code civil — délai de prescription 5 ans (Légifrance)
- → Art. 2374 Code civil — super-privilège du syndicat (Légifrance)
- → Service-Public.fr — Recouvrement des charges de copropriété impayées
- → Service-Public.fr — Copropriété en difficulté : mandataire ad hoc
- → Registre national des copropriétés
